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Samedi 10 mai 2008

Quelque 7,1 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, au moins 1,5 million de travailleurs pauvres qui sont surtout des travailleuses, précarisés par le temps partiel contraint ou l'intérim : notre système social ne protège plus contre le risque de pauvreté. Ce risque, loin de concerner une catégorie restreinte de personnes fragilisées, touche désormais des travailleurs qui se sentaient autrefois à l'abri, générant une insécurité sociale que reflète le pessimisme actuel des Français.

Contre la pérennisation d'un salariat de la misère et pour que tout travail soit justement rémunérateur, les socialistes ont soutenu dès 2005 la création d'un revenu de solidarité active (RSA), destiné à augmenter la rémunération des salariés pauvres. Il s'agissait dans notre esprit de compléter et de prolonger les effets bénéfiques de la prime pour l'emploi (PPE), créée en 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin. Les efforts s'étaient alors concentrés sur les salariés à plein temps rémunérés à proximité du smic. Ce choix demeure pertinent, mais il doit aujourd'hui être amplifié, notamment en direction des travailleurs à temps partiel et à trois quarts temps, comme le proposait le RSA. Cela aurait également été l'occasion d'améliorer le fonctionnement et la lisibilité de la PPE, qui aujourd'hui est versée avec retard.

Or voici que l'on nous annonce que, loin de compléter la PPE, le RSA sera en réalité un dispositif consistant à déshabiller les salariés pauvres à temps plein pour habiller les salariés pauvres à temps partiel ! Cette imposture enlève au concept même de RSA tout son sens.

Lors de son intervention télévisée du 24 avril, Nicolas Sarkozy a demandé aux salariés modestes bénéficiaires de la PPE de financer le nouveau dispositif, idée saugrenue que le haut-commissaire aux solidarités actives a renoncé à contester. Ce sont aujourd'hui 8 millions de travailleurs gagnant à peine plus que le salaire minimum et percevant la PPE qui sont menacés de perdre entre 20 et 150 euros par mois ! Ironie cruelle de l'histoire, ceux qui accomplissent quelques heures supplémentaires perdront la faible hausse de pouvoir d'achat prétendument procurée par les mesures gouvernementales.

A ce stade du débat, il me semble urgent de dire halte à l'imposture et de définir quelle doit être, à mon sens, la position de la gauche vis-à-vis du RSA. Première condition : il est hors de question que cette réforme se fasse au détriment des bénéficiaires de la PPE. Deuxième condition : le nouveau dispositif doit - comme la PPE - prendre la forme d'un crédit d'impôt géré par l'administration fiscale, et non d'une allocation gérée comme les minima sociaux par les caisses d'allocations familiales. Les salariés rémunérés au smic, qu'ils travaillent à temps plein ou à temps partiel, paient aujourd'hui plus de deux mois de salaire au titre de la TVA et un mois de salaire au titre de la CSG. Ce sont des contribuables dont il faut alléger la charge fiscale - et non des allocataires de revenus d'assistance. Que le nouveau dispositif ainsi refondu prenne le nom de PPE ou de RSA n'a guère d'importance, pourvu que ces conditions de fond soient satisfaites.

Au soir du premier tour de l'élection présidentielle, M. Sarkozy avait dit vouloir "parler à ceux auxquels on ne parlait plus, aux travailleurs, aux ouvriers, aux employés". Aujourd'hui, 16 000 contribuables assujettis à l'impôt sur la fortune se voient rembourser chaque année 350 millions d'euros au titre du bouclier fiscal. Mais ce sont ceux qui ont de petits revenus, les plus nombreux dans notre pays, qui paient le prix de l'austérité, alors qu'avec 15 milliards d'euros chaque année le paquet fiscal aurait pu financer le RSA !

Au-delà de la question budgétaire, c'est également la philosophie du revenu de solidarité retenue par le gouvernement qui est contestable. La lutte contre la pauvreté au travail et l'incitation à la reprise d'activité ne passent pas seulement par le complément entre salaire et prestation sociale. Une politique ambitieuse doit prendre en compte toutes les contraintes, y compris non monétaires, qui empêchent les demandeurs d'emploi de retrouver un travail décent.

Cela suppose d'abord un véritable accompagnement individualisé des bénéficiaires de minima sociaux. Aujourd'hui, moins de 35 % des RMistes sont suivis par l'ANPE. On ne peut pas continuer ainsi. Autre carence majeure, le dispositif proposé ne permettra pas de surmonter l'ensemble des freins à la reprise d'emploi : pourtant, les contraintes de santé, les difficultés de transport ou l'absence de modes de garde pour les bénéficiaires de l'allocation parent isolé constituent des limites puissantes à l'acceptation d'un travail. Il faut en particulier créer un véritable service public de la petite enfance, dont l'absence limite l'accès des femmes au travail.

Enfin, la mise en oeuvre du dispositif devrait s'accompagner d'engagements du côté des entreprises. En venant en aide aux travailleurs pauvres, le RSA ne doit pas se substituer à leur responsabilité sociale, tant sur les salaires que sur les formes de contrats de travail privilégiées. Faute de négociation avec les partenaires sociaux, la modération salariale va s'aggraver et le recours au temps partiel subi va s'accélérer, créant ainsi des trappes à bas salaires.

Sur tous ces sujets, le gouvernement n'apporte aucune réponse. C'est la gauche qui, en 2000, a lancé ce vaste chantier de la revalorisation du travail et du pouvoir d'achat des salariés modestes. Si le gouvernement veut réellement compléter et améliorer le fonctionnement de ce dispositif, nous sommes prêts à y contribuer. Ne laissons pas dévoyer aujourd'hui cette belle idée : une autre politique est possible.

par Desirs d'avenir Comités 60 publié dans : Actualités politiques communauté : Les blogs socialistes
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Jeudi 1 mai 2008
Nicolas Sarkozy, Président de la régression sociale

Candidate socialiste de l'élection présidentielle 2007, Ségolène Royal dresse le bilan de la première année de Nicolas Sarkozy au pouvoir. La présente de la région Poitou-Charentes tire les conséquences d'une année où les Français ont vu leur pouvoir d'achat s'amoindrir et appelle à une opposition constructive contre « injustices profondes ».


Quel bilan faites-vous de cette première année de pouvoir ?

C'est une année perdue. Il y a eu bien sûr le fiasco du paquet fiscal, avec 15 milliards d'euros chaque année et notamment un bouclier fiscal qui rapporte 350 millions d'euros à 20 000 personnes. Je rappelle au passage que contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, la plus grande partie des 5 Milliards d'euros consacrées aux heures supplémentaires vont ...aux entreprises, et non aux salariés concernés. Ces derniers ne touchent en moyenne que 4 euros pour 45 minutes de travail en plus! Je rappelle aussi que la déduction fiscale des intérêts d'emprunts ne profite trop souvent qu'à ceux qui seraient de toute façon devenus propriétaires... Les autres, qui auraient besoin d'être aidés, en sont pour leurs frais.

Les caisses de l'Etat ont été vidées, comme l'a lui-même reconnu Nicolas Sarkozy, et cela n'a provoqué aucun retour de la croissance. Au contraire, la rigueur est déjà là. La grande majorité des salariés paie pour les dépenses inefficaces et injustes de ce gouvernement et subit la hausse des prix sans que le pouvoir ne réagisse. Dernier exemple en date, le RSA, qui était au départ une bonne idée, sera financé par la suppression de la Prime pour l'emploi pour cinq millions de salariés modestes. Au lieu d'être le président du pouvoir d'achat, il est président de la régression sociale et de la baisse du niveau de vie.

Vos craintes ont donc bel et bien été confirmées ?

Oui. Nicolas Sarkozy paie aujourd'hui pour ses promesses inconsidérées. Nous savions que ce qu'il promettait ne serait pas tenu. Cette conception du pouvoir et de la politique, je l'ai dénoncée pendant la campagne et je continue de la critiquer. Dans un contexte de crise et d'angoisse, la posture consistant à annoncer qu'on allait régler tous les problèmes a d'abord rassuré. Mais c'était une imposture qui aujourd'hui conduit à une déception cruelle. Le résultat est une grave crise politique et morale qui rend toute réforme impossible. On n'avait jamais vu, en France, des manifestations de retraités et de handicapés. Car ces fameuses « réformes » menées, elles ont été soit injustes, soit partielles, soit les deux... et elles sont de plus en plus désordonnées.

J'ajoute que sa pratique du pouvoir a été hyperpersonnalisée et d'une grande désinvolture. Le résultat, c'est qu'au lieu d'un choc de confiance, on a un choc de défiance. Ce président avait beaucoup de cartes en main il y a un an : il les a gaspillées. Il ne faut pas s'en réjouir. La situation de la France est grave aujourd'hui.

Expliquez-vous l'impopularité de Nicolas Sarkozy après cette première année à la tête de l'Etat ? Et si oui, comment ?

Je crois que l'impopularité record de Nicolas Sarkozy, un an à peine après son élection, est due avant tout à l'échec sur le pouvoir d'achat, même si son comportement personnel cet hiver a rendu cet échec encore plus insupportable. La déception est d'autant plus forte que les attentes étaient grandes. Il a promis la rupture, mais il conduit tout simplement une politique de droite. Lorsqu'ils regardent autour d'eux, les gens, même ceux qui ont voté pour lui, se rendent compte que rien n'a changé en mieux depuis l'élection présidentielle.

A quoi le pays doit-il s'attendre aujourd'hui, et comment l'opposition doit-elle réagir ?

Il ne faut pas s'attendre à autre chose qu'une rigueur qui ne veut pas dire son nom... La dernière émission du président n'a rassuré personne sur ce point... et sur les autres. Aujourd'hui, nous avons le devoir de lui rappeler sans cesse ses engagements de campagne, sur les petites retraites, sur les salaires, ainsi que sur la politique étrangère. Nous avons le devoir de dénoncer les contre-vérités ou les approximations, elles ont été nombreuses jeudi soir dernier. Par exemple sur l'éducation nationale, où il donne l'image d'une France en situation d'échec pour justifier des suppressions de postes aveugles qui pénalisent de façon scandaleuses de nombreux territoires. Ou encore sur les retraites, car c'est bien la baisse des pensions qui est programmée si on ne parvient pas à résoudre la question de l'emploi des plus de 55 ans et si on ne parvient pas à prendre en compte la pénibilité des métiers.

Nous avons enfin le devoir de montrer qu'une autre politique est possible, donc de marteler nos contre propositions. Elles passent par l'annulation du paquet fiscal et sa redistribution d'abord sur le pouvoir d'achat, notamment à travers une baisse de la TVA et le doublement de la prime pour l'emploi, mais aussi sur l'innovation et la recherche, enfin sur le désendettement. Mais il nous faudra aller plus loin. Les Français nous l'ont dit lors des dernières élections municipales et cantonales : ils n'en peuvent plus de ce désordre permanent et de cette injustice profonde. Et en même temps, ils ont su être attentifs à nos projets locaux, qu'ils ont soutenus par un vote de d'adhésion. Nous devons à la fois protéger, imaginer et apporter la preuve de l'efficacité de l'action politique au service d'un idéal !

Propos recueillis par Ariane Vincent


par Desirs d'avenir Comités 60 publié dans : Actualités politiques communauté : Les blogs socialistes
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Vendredi 25 avril 2008

Savamment orchestrée, l'intervention du président de la République hier soir n'a pas convaincu grand monde.

Les jours précédant cette intervention, les media ne parlaient que de ça ... un mega-matraquage pour masquer des faiblesses politiques parfaitement lisibles dans les sondages au fil des semaines.

Vrai travail d'opposition responsable et constructif avec la présence de Ségolène Royal sur France-Inter au lendemain matin du show présidentiel. Nous vous laissons déguster l'intervention.




Si votre équipement ne vous permet pas de visionner correctement la vidéo, voir la transcription de l'interview. Ci-dessous, un résumé.

Ségolène Royal a estimé vendredi sur France Inter que Nicolas Sarkozy avait donné, lors de son interview télévisée de la veille, une "feuille de déroute" à son gouvernement.

Nicolas sarkozy a cumulé les "aberrations", "les improvisations", les "contre-vérités". Sur la laïcité "en confirmant que les clercs et les prêtres donnaient du sens à la vie", le président a dit "des monstruosités".

Nicolas Sarkozy a aussi fait preuve de "malhonnêteté" en imputant les difficultés de la France "à des chocs extérieurs".

"Il est en train de payer la masse des mensonges qu'il a proférés pendant la campagne présidentielle", a lancé Mme Royal estimant que la France "est tirée vers le bas".

"Le Premier ministre avait dit qu'il attendait de cette émission une feuille de route. Je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute".

"On est plus inquiets après l'émission qu'avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel".

Quant au mea culpa du chef de l'Etat sur un certain nombre de sujets, elle y a vu "un truc de communication". "En clair, ça veut dire +je me suis trompé+".

Nicolas Sarkozy "n'a pas répondu sur les préoccupations des Français" notamment sur le pouvoir d'achat, privilégiant "la redistribution entre les précaires" et "a donné une image de la France en situation d'échec en particulier sur l'éducation nationale, ce qui est faux".

"Ce qui est en train de se passer, c'est de la brutalité, c'est beaucoup d'arrogance. J'ai vu un Nicolas Sarkozy parfois méprisant à l'égard des Français".

"Sur la politique étrangère, il ne nous a pas rassuré et au contraire c'est extrêmement inquiétant" soulignant ses propos "aberrants" dans le but de "justifier qu'il se couche devant la Chine".

Ensuite, Ségolène Royal a répondu aux questions des auditeurs de France-Inter: Voir la transcription des questions / réponses.
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Samedi 5 avril 2008

Vendredi 4 avril 2008

Une défense européenne, vite !
Le retour dans le commandement militaire de l'OTAN, pour quoi faire ?

26 avril 2007 : le candidat Sarkozy estime que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan n'est pas décisive. Il se déclare même prêt à poursuivre la politique de rapatriement de nos soldats, alors engagée par Jacques Chirac. 27 mars 2008, soit onze mois plus tard : en voyage officiel à Londres, Nicolas Sarkozy annonce l'envoi de 1 000 hommes supplémentaires à ceux qui sont déjà présents en Afghanistan.

Je me suis prononcée contre cette fuite en avant. Car les risques d'enlisement sont  trop forts ; car les objectifs n'en sont pas définis ; car on ne peut risquer la vie de nos soldats sans savoir quels sont les objectifs de leur mission ; car il faut en priorité donner au gouvernement d'Hamid Karzaï les moyens d'assurer la stabilité de l'Afghanistan.

Et puis Nicolas Sarkozy oublie sciemment qu'en 1991, François Mitterrand avait souhaité un vote du Parlement sur la présence des forces françaises en Irak... La réforme des institutions et le renforcement du rôle du Parlement promis par le candidat Sarkozy sont clairement jetés aux oubliettes.

Plus grave encore, lors du Sommet de Bucarest, Nicolas Sarkozy a fait prendre à la politique étrangère de la France un virage périlleux. En réintégrant le commandement militaire de l'OTAN, il prétend ainsi redéfinir notre rapport à l'Alliance atlantique et, en même temps, renforcer l'Europe de la défense.

Mais où est passé le « Livre blanc de la Défense », en préparation depuis plusieurs mois et qui devait être soumis au Parlement ? Personne ne l'a encore vu... et lorsqu'on débattra de ses orientations, il sera déjà trop tard. Car entre temps, c'est toute notre politique depuis 1966 qui aura été remise en cause.

Le degré de notre participation à l'Otan est une question fondamentale qui ne doit pas être taboue et dont nous pouvons tout à fait débattre. Mais la France a-t-elle intérêt à se ranger dans le camp atlantiste, sans garantie d'obtenir quelque chose en retour ? La France est-elle attendue et bienvenue dans un commandement militaire qui s'est fait sans nous depuis 42 ans ? Un retour actif à l'Otan permettra-t-il véritablement de renforcer la PESD ?

Sous couvert de préparer la présidence française de l'Union européenne et d'amorcer le développement de la défense commune, Nicolas Sarkozy ne vise, en réalité, qu'une chose : réintégrer pleinement l'OTAN pour inscrire sans réserve notre pays dans «  le camp occidental » et satisfaire son « obsession atlantiste », comme l'a formulé Jean-Marc Ayrault, le 1er avril à l'Assemblée nationale. Une option idéologique dangereuse, selon moi, à l'heure où certains poussent au conflit des civilisations. Et alors que les Etats-Unis ne semblent pas disposés, en matière de défense, à déléguer leur autorité. Ce faisant, Nicolas Sarkozy affaiblit la position européenne au sein de l'Otan.

L'intérêt et la sécurité de la France passent sans conteste par la mise en œuvre d'une vraie PESD, tout en continuant de travailler étroitement avec nos alliés. Au sein de l'Alliance, lourde et grosse machine, la France seule ne pourra jamais peser sur les orientations et les décisions stratégiques. Nous devons donc absolument profiter de notre autonomie pour rassembler nos partenaires européens autour d'une Europe de la défense cohérente et efficace, et avoir ensuite voix au chapitre au sein de l'Otan.  À nous aussi de faire preuve d'exemplarité dans notre engagement en Europe, afin de vaincre les réticences de nos partenaires.

Ségolène Royal

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Jeudi 27 mars 2008


Mardi 25 mars 2008

Le courage en politique

Elle l'a fait. Pour la première fois, un chef de gouvernement allemand s'est adressé à la Knesset, à Jérusalem.Un exemple de travail de mémoire digne, juste, ouvrant sur l'avenir...

Son courage politique, Angela Merkel en a encore donné la preuve en recevant le dalaï-lama, en septembre dernier. Elle s'était alors attiré les foudres de Pékin. Elle est prête, pourtant, à recommencer, en mai, quand le prix Nobel de la Paix se rendra en Europe, à Londres notamment, où Gordon Brown doit le recevoir. Seule dirigeante occidentale à brandir la menace des sanctions, elle a même prévenu Pékin qu'elle pourrait suspendre sa coopération avec la Chine si la crise tibétaine s'envenimait.

Oui, il faut maintenir la pression sur les autorités chinoises, coupables d'une répression intolérable. On ne peut pas se voiler la face, faire comme si de rien n'était, pendant que l'on tue impunément au Tibet. Je comprends les sportifs qui se sont entraînés durs, souvent toute une vie, pour participer aux Jeux Olympiques. Ils ne veulent pas que l'on mélange sport et politique. Mais l'Olympisme perdra son âme si les jeux se paient au prix de vies humaines, sacrifiées pour honorer les contrats publicitaires de grandes multinationales. Nous devons en finir avec l'hypocrisie. La menace d'un boycott des Jeux maintient toutes les hypothèses ouvertes : elle place les autorités chinoises devant leurs responsabilités.

Jusqu'à maintenant, Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon ont fait preuve d'une indécision inqualifiable. On tergiverse : un jour la France y va, celui d'après on menace de boycotter la cérémonie d'ouverture. Bernard Kouchner, qu'on a connu plus loquace sur ces questions, a finalement admis, le 25 mars, que la répression chinoise était insupportable. Plus de quinze jours après le début des violences ! Là encore, on a connu le gouvernement plus réactif.

Jean Jaurès disait en 1890 : « Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. » Nicolas Sarkozy, qui s'est plu, il y a quelques mois à citer le fondateur du socialisme français, pourrait non seulement relire ses « classiques », mais appliquer leurs principes au monde d'aujourd'hui.

* * *

De l'autre côté de l'Atlantique, où les primaires démocrates battent leur plein, un autre homme a su, lui aussi, faire preuve d'un courage politique qui pourrait changer le visage de l'Amérique. Dans son discours à Philadelphie sur les liens entre communautés, Barack Obama a analysé les lignes de fracture qui traversent la société américaine. Sans fard, sans hypocrisie, sans simplification. Aux Américains noirs, il a demandé de comprendre les classes moyennes blanches qui se battent pour travailler, qui ont peur de l'avenir et n'ont jamais reçu d'aide de personne pour garantir à leurs enfants une vie confortable. Aux Américains blancs, il a demandé de comprendre la colère et l'amertume des populations noires, encore aujourd'hui poursuivis par le racisme et les inégalités. Une belle leçon de sincérité et de vérité, un bel exemple à méditer...


« La Shoah nous emplit de honte », « Allemands et Israéliens sont et seront toujours liés d'une manière particulière »... Angela Merkel, le 18 mars, a prononcé un discours historique. Ce qu'elle voulait, c'était faire preuve d'honnêteté, admettre les responsabilités de son peuple dans l'une des pires tragédies de l'Histoire et sceller officiellement la réconciliation entre les deux peuples.

Ségolène Royal

par Ségolène Royal publié dans : Actualités politiques communauté : Les blogs socialistes
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Jeudi 13 mars 2008

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Chers Amis,  

Dimanche dernier, c’est un vote d'espoir que nous avons exprimé. Le premier tour du scrutin municipal a placé la gauche largement en tête avec 47 % des suffrages. Je félicite tous les maires, qui, parce qu’ils ont su moderniser leur ville avec un sens reconnu de l’intérêt général, ont été réélus dès le premier tour, notamment Jean-Claude Boulard au Mans, Gérard Colomb à Lyon, Michel François Delannoy à Tourcoing, François Hollande à Tulle, Jean-Marc Ayrault à Nantes, François Rebsamen à Dijon, Manuel Valls à Evry, Maxime Bono à La Rochelle. Mais je félicite aussi ces candidats de gauche qui, dès le premier tour, ont conquis des bastions de la droite : Jean-François Debat à Bourg-en-Bresse, Guillaume Garot à Laval,  Valérie Fourneyron à Rouen, Joaquim Pueyo à Alençon, Christophe Sirugue à Chalon-sur-Saône, Christian Teyssedre à Rodez.

Cette poussée de premier tour doit maintenant être confirmée et amplifiée dimanche prochain. Et là, je pense à tous ces candidats qui sont en bonne position pour gagner ou conserver des villes, petites, moyennes ou grandes comme Blois avec Marc Gricourt, Saint Brieuc avec Danielle Bousquet, Angoulême avec  Philippe Lavaud,  Caen avec Philippe Duron, Reims avec Adeline Hazan, Strasbourg avec Roland Ries, Lille avec Martine Aubry, Paris avec Bertrand Delanoë, Toulouse avec Pierre Cohen (voir la vidéo), Marseille avec Jean-Noël Guérini et bien d’autres encore.

Aujourd’hui, la France a besoin d’initiatives et de confiance. Pourtant c’est la méfiance qui domine, et, je le vois bien souvent, le désarroi. Le gouvernement a voulu réformer en heurtant les gens de plein fouet, en les braquant, dans le mépris total de ceux qui étaient les plus fragilisés. Il a confondu la brutalité avec la réforme.

Tous, nous avons le sentiment d’entrer dans une période à risque parce que le gouvernement n’a pas pris la mesure des problèmes, parce qu’il n’a pas de cap. Aujourd’hui, trois français sur quatre vivent avec moins de 1900 euros nets par mois, la moitié des retraités touchent une pension inférieure à 700 euros, les prix augmentent parfois de 30%. La droite baisse les impôts pour certains et les augmentent pour tous les autres. Taxe sur la santé avec les franchises médicales, hausse du rendement de la TIPP et de la TVA, création d'un impôt sur les séjours hôteliers, taxation de la publicité, retour en clair-obscur de la TVA sociale : le gouvernement demande aux revenus moyens et modestes de rembourser un paquet fiscal qui coûte 15 milliards chaque année, 75 milliards sur cinq ans.

Afin de lutter contre le déclin qui s’annonce, nous devons choisir de bonnes équipes pour nos territoires. J’ai sillonné toute la France pour épauler de nombreux candidats aux élections municipales et cantonales. Les équipes qui portent nos valeurs sont les meilleures parce qu'elles font de la politique autrement. Ce sont des équipes au travail, à l'écoute, sérieuses, qui rendent compte, qui tiennent leurs engagements, qui respectent tout le monde. C'est cela que nous attendons de la politique et c'est cela que nous proposons à nos concitoyens.

D’ici dimanche, il nous incombe de rassembler toutes les forces progressistes à gauche et au centre, sur des idées fortes. J’appelle de mes vœux un rassemblement fondé sur des valeurs communes, sur des projets partagés, partout où cela est nécessaire et possible : je crois qu’il y a une nouvelle voie à ouvrir. De nombreuses villes ont d’ores et déjà donné l’exemple. Il faut amplifier le mouvement.

Amis, nous devons tous voter massivement dimanche prochain pour sanctionner une majorité qui reste sourde au premier désaveu que les citoyens lui ont infligé le 9 mars. La victoire de la gauche aux élections municipales sera celle de tous les Français qui désirent trouver dans l'action publique des réponses concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent. Alors, régions, départements et communes agiront dans le même sens et seront au service de tous.

À très bientôt,

Ségolène Royal
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Mercredi 27 février 2008

Ségolène Royal au 20h de France 2 

 

Ségolène Royal était l'invitée de Françoise Laborde sur France 2 mardi 26 février

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Jeudi 21 février 2008

Ségolène Royal sur LCI

Ségolène Royal voit dans dans la réforme de l'enseignement primaire "un retour aux vieilles recettes", affirmant croire pour sa part à "une école qui innove".

"On a le sentiment que c'est déjà de l'entendu, c'est vraiment un retour aux vieilles recettes", a -t-elle déclaré sur LCI à la présidentielle au sujet de la réforme du ministre de l'Education Xavier Darcos.

"Qu'il faille améliorer la réussite des élèves, c'est évident" mais "plutôt que de rêver de l'école du bon vieux temps, il faut regarder aujourd'hui les techniques pédagogiques nouvelles".

Xavier Darcos devait détailler mercredi les nouveaux programmes du primaire, qui s'appliqueront à la rentrée 2008 et marqueront un "retour aux fondamentaux" en intégrant notamment l'"instruction civique et morale" souhaitée par Nicolas Sarkozy.

"Je crois, moi, à une école qui innove", insiste l'ancienne ministre déléguée à l'Enseignement scolaire.

Interrogée sur le retour de la morale et de l'éducation civique, elle juge que "toutes ces choses sont déjà faites à l'école".

"Lorsque les adultes donnent des exemples contraires à la morale qu'ils enseignent, c'est là que ça ne va pas", dit-t-elle en plaisantant sur une vidéo qui "circule chez tous les jeunes aujourd'hui" et "où l'on voit Nicolas Sarkozy piquer le stylo du chef d'Etat roumain (Traian Basescu) et le mettre dans sa proche subrepticement. Aux élèves on dit de ne pas prendre le matériel des autres".

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Mercredi 13 février 2008

Ségolène Royal en campagne apporte son soutien aux candidats socialistes et aux équipes de gauche pour les municipales et les cantonales. Et rencontre également des salariés qui se battent pour leur entreprise, leur famille, leur pouvoir d’achat.
 

Retour sur les premières étapes d’un tour de France qui continue jeudi 14 à Villeurbanne et Vaulx-en-Velin (Rhône) et samedi 16 dans les Deux-Sèvres. En attendant bien d’autres déplacements…

11 février, Cognac et Angoulême (Charente) – En visite dans le quartier populaire de Crouin, Ségolène est venue soutenir Michel Gourinchas et son équipe, candidats aux municipales de la deuxième ville de Charente. Et souligner par là-même que le plan Borloo ignore totalement le quartier, la ville. Incurie des actuels édile locaux et signe des temps : les images chatoyantes, celle en l’occurrence d’un des plus prestigieux spiritueux français, ne doivent pas amener à négliger les vraies difficultés des plus modestes.

Puis, à Angoulême, dédicace de Ma plus belle histoire, c’est vous. Un moment chaleureux et convivial « en contact direct avec les habitants, c’est indispensable», avant d’aller prendre un verre au café du coin avec Philippe Lavaud et son équipe, partis à la reconquête de la capitale charentaise. L’action politique passe avant tout par l’écoute et aussi par la convivialité.

1er février, La Rochelle (Charente-Maritime) – La journée commence par un petit-déjeuner avec les candidats au Conseil Général : mobilisation pour un changement de majorité à portée de main. En ce jour de grève exceptionnelle dans la grande distribution, Ségolène Royal rencontre ensuite une délégation d’employés de Carrefour. Pour dénoncer « la pression intolérable sur vos salaires et vos conditions de travail, d’autant plus insoutenable que la grande distribution n’est pas soumise à la concurrence internationale contrairement à d’autres secteurs ».

30 janvier, Argenteuil (Val d’Oise) – Les hôpitaux manquent cruellement de moyens, la qualité des soins est en jeu : pour la santé publique et ceux qui la font vivre au quotidien, Ségolène Royal rencontre une délégation de l’établissement hospitalier de la troisième ville d’Ile-de-France. Une visite à Argenteuil pour apporter également un soutien amical et engagé à Philippe Doucet et son équipe partis à la conquête de la mairie, « unis et rassemblés » depuis Lutte Ouvrière jusqu’au PS en passant par le PCF et les Verts.

25 janvier, Chartres (Eure-et-Loir) – Une semaine avant les grèves dans la grande distribution, Ségolène Royal en arrivant dans le chef-lieu d’Eure-et-Loir se rend dans une grande surface. Rencontre et échanges avec des clients pour évoquer les problèmes de pouvoir d’achat. Puis avec des représentants du personnel de l’hypermarché, ravis de pouvoir faire entendre directement leurs inquiétudes et leurs revendications.

Le soir, soutien à Françoise Vallet, candidate à la législative partielle sur la 1ère circonscription d’Eure-et-Loir. La semaine suivante, Françoise sera élue avec 55,26 % des suffrages… Un score qu’on l’espère voir renouveler pour devenir la nouvelle première édile de Chartres.

24 janvier, Tours (Indre-et-Loire) – A son arrivée dans l’élégante cité des bords de Loire, Ségolène Royal rencontre une délégation de salariés du centre d’appel Téléperformance. En grève depuis 10 jours, ils se battent pour des salaires décents (pour 35h, le salaire d’un opérateur est d’à peine 900€ !). Les assurant de son soutien, elle dénonce l’attitude de la Direction peu de temps après sur France 3 en Région et au National. Quelques minutes plus tard, après dix jours de silence, la direction des Ressources Humaines de l’entreprise appelle les délégués syndicaux pour ouvrir des négociations… qui ont abouti depuis.

Autour d’une galette républicaine et devant plus de 1000 personnes, invitée par Jean-Patrick Gille député et 1er secrétaire fédéral du PS 37, Ségolène apporte son soutien à Jean Germain, candidat à sa succession à la mairie de Tours pour continuer et amplifier le magnifique travail réalisé. Soutien appuyé également aux candidats socialistes et de gauche aux cantonales. Des encouragements porteurs d’espoir : le Département peut basculer, la majorité actuelle ne tenant qu’à un siège !

15 janvier, Ribeauvillé, Colmar et Strasbourg (Haut-Rhin et Bas-Rhin) – A Ribeauvillé, chaleureusement guidée notamment par Fabien Becker, Ségolène Royal rencontre les salariés de Sony en lutte contre un plan social prévoyant la suppression de 200 des 500 emplois du site. A leur demande, pour les soutenir, elle adresse une lettre aux Directions « France » et « Europe » de la multinationale. Sans réponse à ce jour, le courrier fera l’objet d’une relance pour soutenir les salariés jusqu’au bout.

A Colmar, rencontre avec Paul Layer, tête d’une liste « très ouverte », selon les mots mêmes du candidat socialiste à la mairie de la deuxième ville du Haut-Rhin, mais « clairement, naturellement, sereinement et tranquillement ancrée à gauche ». Dans le Bas-Rhin, à Strasbourg, Ségolène apporte un soutien chaleureux et décisif à Roland Ries, donné au coude à coude avec l’équipe municipale sortante « pour une alternance urgente, un vrai changement. »

12 janvier, Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor)– Première sortie municipale, une journée de soutien amical à Danièle Bousquet. Partie à la reconquête d’une ville dirigée par la droite depuis 2001, la candidate à la première magistrature veut sortir, avec les Briochins, la ville de la « petite torpeur » dans laquelle l’a laissée s’enfoncer le maire actuel. Le soutien de Ségolène comme un vent de changement.

par Desirs d'avenir Comités 60 publié dans : Actualités politiques communauté : Les blogs socialistes
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Jeudi 7 février 2008

 

Betapolitique est heureux de vous présenter la version complète de la tribune de François Rebsamen, numéro 2 du PS, partiellement publiée par le journal Le Monde daté du 5 février 2008.
   

Poursuivi par son désir frénétique de tout changer en France, le Président de la République s’attaque maintenant à nos institutions. Il devrait transmettre au Conseil des ministres ainsi qu’aux responsables des partis politiques un avant projet de loi de réforme constitutionnelle. L’opposition, pourtant concernée au premier chef, n’a pas pu, à ce jour, prendre connaissance du projet détaillé. Son avis n’aurait-il donc aucun intérêt ? Curieuse conception de la transparence politique et des droits des citoyens ! On en reste donc encore aux suppositions, aux conjonctures ou aux devinettes. 

Quels sont les objectifs affichés du projet présidentiel ? Le Premier ministre, chargé d’expliciter le futur texte devant le quotidien « Le Monde »le 20 décembre dernier, a fait part du souhait du Gouvernement d’accorder de nouveaux pouvoirs au Parlement et de « donner des fondements constitutionnels aux droits de l’opposition ». En bref, il s’agirait de mettre le droit en rapport avec le fait, en une forte image, « de donner un coup d’oxygène à notre démocratie ». Rien que louable en apparence. 

A la lecture des informations transmises par Matignon, on est plutôt en droit de se demander s’il ne s’agit pas, en fait, de « porter » un coup à notre démocratie. 

On se souvient que dans sa lettre à Edouard Balladur datée du 12 novembre 2007, Nicolas Sarkozy avait constaté que la commission présidée par l’ancien Premier ministre « confirmait la pertinence de ses analyses » sur les institutions, et l’on s’apprêtait déjà au pire. 

Certaines craintes se sont heureusement dissipées depuis, avec l’abandon surtout de la modification préconisée des compétences respectives du Président et du Premier ministre aux articles 5,20 et 21 de la Constitution, dont le Président a préféré in fine ne pas s’embarrasser. 

Que reste t-il alors des priorités de la Commission Balladur ? Le document remis par le Premier ministre à la presse met en scène quelques propositions qui appellent débat, comme le droit pour le Président de la République de s’exprimer aux tribunes de l’Assemblée nationale et du Sénat, une réforme partielle de l’article 16, l’encadrement de l’usage de l’article 49.3 de la Constitution, le quinquennat renouvelable une fois seulement et la co-maîtrise de l’ordre du jour du Parlement. On y trouve aussi quelques dispositions qui font régresser la démocratie, comme la réforme de l’article 88-5 qui restreint le droit du peuple à s’exprimer par référendum ; et quelques nouveautés plus cosmétiques, sur l’impartialité de l’Etat, le meilleur fonctionnement parlementaire (l’augmentation du nombre des commissions parlementaires permanentes) et le contrôle de la politique de l’Union Européenne. A peine peut-on se réjouir d’une avancée réelle, l’exception d’inconstitutionnalité. Au fond, il reste surtout beaucoup de questions sur les objectifs réels du Président de la République et l’on en vient naturellement à sa demander ce que recherche vraiment, en l’espèce, Nicolas Sarkozy. 

Il était logique de penser, le Président occupant déjà, sous la Vème république, la place prééminente que nulle institution ne lui dispute, que ce soit les pouvoirs du Parlement qu’il convenait donc de renforcer. Or, à la lecture de ces propositions, la réalité apparait toute autre. Et il nous faut nous rendre à l’évidence, nous résoudre à la triste vérité qui s’offre à nos yeux ; Nicolas Sarkozy n’a qu’un seul but : être seul au-dessus de tous, pouvoir se montrer partout, être au centre de tout ! 

Césariste dans l’âme, ou plus exactement en diable, il s’étonnait, il y a quelque temps, d’être obligé d’envoyer ses conseillers aux réunions d’arbitrage à Matignon pour contrôler l’action des cabinets ministériels, faisant remarquer qu’il lui serait tellement plus simple de convoquer ses ministres à l’Elysée, et de procéder directement aux arbitrages. Aujourd’hui, alors qu’il est, tous les jours, sur toutes les chaînes de télévision, sur toutes les ondes, dans tous les journaux, tous les magazines et les divers médias, il lui parait inconcevable et insupportable de ne pas avoir le droit de s’exprimer, comme il le veut et quand bon lui semble, devant le Parlement. Les Chefs d’Etats étrangers, fait-il remarquer, s’expriment devant les assemblées et ce droit me serait refusé. Et l’on écoute encore, dans l’hémicycle, mes messages debout. Voilà, conviendrez-vous, qui est anachronique et mérite un bon dépoussiérage ! Pour faire bonne mesure, le Président veut se faire écouter du Parlement selon son propre choix. Il ne s’expose pas à un vote, il ne s’oblige pas à répondre, mettant ainsi ses pas dans ceux du Président Félix Faure : « Le Président de la République écoute, mais ne répond jamais ! ». 

Qu’importe que ces désirs et ce caprice soient contraires à la règle fondamentale de séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, connue depuis Montesquieu : l’omniprésence et l’ubiquité doivent être ses marques distinctives, au même titre que l’hyperactivité ! 

Il nous va falloir répondre et réagir. Nous ne pouvons bien évidemment pas accepter que le Parlement se dessaisisse des clefs de l’hémicycle au profit de l’Elysée. Il nous faudra tenir bon sur les principes intangibles de l’esprit et de la règle parlementaristes : le Président ne pourrait être autorisé à intervenir devant le Parlement que si l’Assemblée ou le Sénat en décident ainsi, le lui demandent, et selon les modalités qu’ils auront déterminées. Le pouvoir parlementaire ne se négocie pas. La vraie réforme du Parlement réside ailleurs, dans l’introduction d’une vraie dose de proportionnelle dans l’élection des députés et sénateurs. 

D’autres propositions doivent être fraîchement reçues et âprement combattues, si le Président de la République essaye de les imposer. 

Ainsi en est-il du « défenseur des droits fondamentaux » : idée qui peut paraître à quelques uns comme un paradoxe subtil et séduisant dans une République qui, depuis deux siècles, se présente et se définit comme celle des droits de l’homme ! En vérité, nous ne pouvons accepter le dessein inavoué et dissimulé de démanteler deux organes collégiaux qui ont osé commettre le crime de lèse majesté de garder leur liberté de penser, la CNIL, autorité reconnue au niveau européen pour la protection des données à caractère personnel, et la Commission de Déontologie de la Sécurité. Quant à la Défenseure des droits de l’enfant, c’est la disparition dont il s’agit. Notre acceptation sur ce point ne pourrait donc qu’être conditionnée par le maintien d’une structure collégiale, l’octroi de moyens de fonctionnement plus importants que ceux dont disposaient les différentes entités fédérées (afin d’accroître leur capacité d’instruction) et l’accord du Parlement sur les nominations des personnalités concernées. 

Nous rappellerons au Président, lorsqu’il parle de renforcer les pouvoirs du Conseil Constitutionnel, qu’il convient d’en faire une juridiction indépendante, qu’il doit confier au Parlement le soin d’en nommer la majorité des membres, et que nous sommes favorables à la saisine directe du Conseil Constitutionnel par les citoyens. 

Nous rappellerons notre vœu d’une « Charte de la Laïcité », adossée à la Constitution, pour que soient respectés les principes républicains dans tous les lieux publics. 

Nous rappellerons au Président, à propos des fondements constitutionnels des droits de l’opposition, toutes les promesses du « candidat Sarko » pour un véritable statut des groupes minoritaires au Parlement, le renforcement du financement des partis politiques ou l’élargissement du droit d’enquêtes parlementaires, ainsi que nos propositions pour une démocratie plus vivante, plus directe et plus sociale. 

Nous rappellerons aussi au Président, lorsqu’il s’en prendra au système judiciaire, combien la réforme Balladur de 1994 était plus audacieuse à l’époque, que la sienne aujourd’hui, que la gauche n’abandonnera pas la réforme votée par les deux chambres en 2000, et qu’elle continue de se battre pour une justice plus responsable, plus indépendante et plus respectueuse des libertés. 

Nous rappellerons enfin à Nicolas Sarkozy qu’il avait promis à nos concitoyens de leur octroyer le droit de provoquer l’examen d’un texte au Parlement par référendum populaire ; et qu’il oublie sans cesse son autre promesse, qui serait pourtant bienvenue aujourd’hui, de protéger les français – en inscrivant le principe de confiance légitime dans la Constitution – contre l’insécurité et « les changements brutaux et intempestifs de la réglementation »… 

On l’aura bien compris : le dérèglement de notre système constitutionnel est à son comble et nous voilà revenus aux tristes heures du Césarisme. Il va falloir s’y opposer, au nom de la démocratie et de la liberté. Il va falloir se battre parce que la République, c’est plus que des institutions, c’est un ensemble de valeurs partagées, comme la lutte contre les discriminations et contre l’intolérance, l’intégration de tous dans la vie économique et sociale, l’idéal de fraternité ou le respect de certains principes fondamentaux, comme l’égalité et la laïcité. Il faudra parler fort, et être entendus ! Parce que c’est notre devoir de citoyen, d’élu et de parlementaire, et que je ne voudrais pas que l’on écrive un jour de cette période, ce qui a pu être écrit de la première législature du second Empire : « L’histoire dira, si elle prend la peine de s’en occuper, quels furent son infatigable complaisance et son incroyable abaissement ! ».

François Rebsamen

 

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