Héritiers de l'avenir, construisons la gauche nouvelle
par Pierre Mauroy et Gilles Pargneaux
C'est une constante dans l'histoire de la Ve République : l'élection du président de la République fixe les règles du jeu politique pour plusieurs années, tant dans le camp des vainqueurs que dans celui des vaincus. La période actuelle ne déroge pas à cette règle.
Depuis trois mois, en effet, nous assistons à un renforcement, jusqu'à l'omnipotence, du rôle du président de la République. L'instauration du quinquennat y a évidemment contribué. Mais ce phénomène, que nous regrettons et contestons, est aggravé aujourd'hui par plusieurs facteurs : une certaine arrogance comportementale et verbale du nouveau président, une relation équivoque avec les forces de l'argent et enfin une personnalisation excessive du pouvoir. A quoi il faut malheureusement ajouter l'attitude de certains socialistes, leur analyse erronée de la situation, leur manque de sang-froid, leur recours au jeu des "petites phrases" et surtout la part trop belle qu'ils font au fracas médiatique.
Que n'a-t-on entendu depuis trois mois à propos de notre Parti socialiste, de notre direction nationale ou de notre candidate à l'élection présidentielle ! Aurions-nous oublié que le PS est le second parti de France ? Aurions-nous oublié ses quelque 300 000 adhérents qui militent ardemment sur le terrain, ses 200 députés et plus, sa centaine de sénateurs, la présidence de 20 régions sur 22 et de la moitié des départements ? Aurions-nous enfin oublié que 17 millions d'électeurs se sont prononcés sur le nom de Ségolène Royal au second tour du scrutin présidentiel ?
C'est la réflexion sur l'avenir du PS et sur la construction d'une gauche nouvelle qui doit aujourd'hui mobiliser toutes nos énergies. En premier lieu, nous sommes plus que jamais hostiles à toute réforme tendant à instaurer un régime présidentiel. Du fait de la conception toute personnelle du pouvoir de Nicolas Sarkozy et compte tenu du nécessaire contrôle de l'exécutif, un tel mode de fonctionnement nous menacerait d'un régime bonapartiste. Il est indispensable, au contraire, de renforcer l'autorité du Parlement : cela suppose une pleine capacité d'initiative dans la décision politique, une réforme (enfin !) du Sénat et l'introduction d'une forme de représentation proportionnelle dans les deux Assemblées. C'est une nécessité de justice dans un pays où le territoire se trouve surreprésenté au détriment de la population.
Il convient également de clarifier nos orientations pour l'avenir. Que n'a-t-on entendu, là encore ! Le socialisme serait dans l'impasse, ringardisé par le sarkozysme flamboyant, et sur les questions de société, nous aurions vingt ans de retard. Rappelons à ceux qui auraient la mémoire courte que les socialistes, comme tout le peuple de gauche, sont "héritiers de l'avenir". Le travail de fond que nous avons accompli ces cinq dernières années, les propositions courageuses, parfois déroutantes mais porteuses d'avenir de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle doivent nous permettre d'approfondir notre réflexion sur notre identité, dans cette France en mouvement.
Et pourtant nous n'avons pas gagné. C'est donc, maintenant, sans amertume, sans arrière-pensées que nous devons, au côté du premier secrétaire François Hollande, redonner du sens à notre démarche collective, analyser nos manquements, nos erreurs de communication et préparer notre prochain congrès.
Il nous faudra, aussi, définir des règles plus strictes concernant l'élaboration collective de nos décisions afin qu'elles soient respectées. Combien de fois depuis cinq ans n'a-t-on entendu des voix socialistes discordantes sur un sujet qui pourtant avait fait l'objet d'une décision de la part de notre direction, et parfois même de nos militants ? Car nous manquons de discipline et devons réapprendre à vivre ensemble. Soyons fiers, comme les militants le sont, d'appartenir à un parti comme le nôtre et à ses instances dirigeantes !
Dès cette rentrée politique, notre devoir et notre responsabilité collective sont de nous remettre au travail face à la droite au pouvoir, de remettre en perspective le projet alternatif dont nous sommes porteurs, d'adapter nos réponses aux urgences réclamées par les Français. Elles ont été identifiées dans notre projet socialiste et dans nos propositions de campagne. C'est vrai en matière de sécurité, de justice, d'immigration. C'est aussi vrai en matière de salaire, d'emploi, d'insertion sociale, comme pour le logement, l'éducation et la santé. Nous devons aussi réaffirmer nos valeurs de gauche sur les grands défis de notre société que sont l'égalité, la solidarité, la laïcité, le service public, le développement durable et, bien sûr, la démocratie. Ce travail est essentiel, non pas pour reproduire ce que nous avons déjà accompli mais pour répondre avec imagination aux nouvelles attentes.
Pour accomplir ce grand dessein, nous appelons à l'organisation d'assises de la transformation de la gauche. Le plus important aujourd'hui consiste à créer les conditions d'un rassemblement des forces populaires et progressistes. C'est tout d'abord une nécessité historique : la gauche a conquis la confiance de la population à chaque fois qu'elle s'est regroupée. C'est ensuite un impératif constitutionnel. Au second tour de l'élection présidentielle, seuls deux candidats peuvent demeurer en présence. La logique de l'affrontement droite-gauche est inscrite dans notre Loi fondamentale.
C'est enfin une stratégie qui découle de nos valeurs. Le PS et la gauche ne sont pas uniquement des instruments de conquête du pouvoir. Ils sont toujours l'expression de forces sociales et porteurs d'un projet de société. A gauche, pour une gauche nouvelle, porteuse d'un socialisme d'ouverture et d'adaptation, telle est notre stratégie.
Il faut que la gauche s'adapte pour créer une grande force nouvelle rassemblant les socialistes, les radicaux, les républicains, les écologistes, les communistes et les progressistes. Ayons bien conscience cependant que le succès de cette entreprise repose d'abord sur la détermination d'un PS lui-même rassemblé.
Pierre Mauroy est ancien premier ministre, sénateur (PS) du Nord, membre du bureau national.
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