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Jeudi 30 août 2007

entretien par Luc Chatel
(témoignage chrétien n°3264)
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Vous avez été l’un des premiers soutiens de Ségolène Royal. Pourquoi elle plutôt qu’un autre ?  

 

Ségolène Royal a réussi à entamer un processus de rénovation du Parti socialiste par l’extérieur, là où nous avions échoué à le faire, avec le Nouveau Parti socialiste, par l’intérieur. Par ailleurs, la position qu’elle a donnée aux socialistes est bien meilleure que ce que le Parti proposait depuis des années. Elle a intégré les problématiques environnementales, elle a réformé nos positions économiques et sociales, elle s’est inspirée de l’altermondialisme et nous avons eu, de surcroît, un accord sur la VIe République. Elle offrait un autre visage du socialisme et laisse un acquis de la campagne qui nous a fait progresser depuis 2002 et qui nous permet d’envisager désormais la mutation de la gauche avec optimisme.

Sur certains sujets de société, ses propositions étaient assez éloignées de celles défendues jadis par NPS, si l’on pense à l’encadrement militaire des mineurs ou à la mise sous tutelle des allocations familiales…
Le NPS a toujours défendu l’idée que la loi devait s’appliquer à l’égard de tous. Nous ne sommes pas condamnés à passer éternellement pour ceux qui excusent les infractions pénales. Quant à la mise sous tutelle des allocations familiales, c'est un dispositif qui existait déjà et que la gauche n'a jamais à juste titre abrogé...

Ce n’est pas vraiment l’avis de Benoît Hamon, cofondateur avec vous de NPS, qui demandait à Ségolène Royal d’arrêter de « lancer des bombes » sur ces sujets…
Benoît Hamon, que j’aime beaucoup, nous surprend à vouloir se transformer en gardien du temple du vieux socialisme, il n’est de surcroît pas le propriétaire exclusif de ce que nous avons fondé ensemble. D’ailleurs, nos chemins se sont séparés quand il a rallié François Hollande au dernier congrès après l’avoir furieusement critiqué. Avec mes amis rénovateurs, j’ai refusé la synthèse du Mans justement parce que l’essentiel de ce que nous avions défendu ne s’y retrouvait pas. Nous l’avons en grande partie retrouvé avec Ségolène Royal.

Et l’essentiel, c’est…
L’Europe, la mondialisation et la question démocratique incarnée par la VIe République. Le Parti socialiste a toujours refusé d’aborder ces questions avec courage et clarté.

Pourquoi ?
Parce qu’il est multifracturé. Des séries de querelles venues de l’Histoire se sont superposées et ont rendu ce parti incapable de se rassembler. Il y a d’abord eu l’opposition entre première et deuxième gauche. Elle n’a plus de sens : l’État et la loi d’un côté, le mouvement social et le contrat de l’autre, pourquoi les opposer ? Nous avons besoin de deux jambes pour marcher. Le non-succès des 35 heures est là pour nous le rappeler. Puis il y eut le congrès de Rennes, le référendum européen et enfin les conflits générationnels. Notre génération a été embarquée dans les vieilles histoires du Parti alors que nous avions le souhait de créer un nouvel outil politique, ce en quoi nous avons échoué. Le Parti socialiste a décidé de régler par l’esquive et le silence tous les problèmes encombrants que la société française lui mettait sous le nez. Sur le pouvoir d’achat, par exemple, nous avons été incapables de dire si l’augmentation du Smic se ferait sur un taux net ou brut. Nous avons ainsi fait silence sur cette précision considérable pour des millions de salariés.

Ségolène Royal a été plus claire sur ce point ?
Je ne vous parle pas là de Ségolène Royal mais du projet socialiste antérieur sur lequel elle a dû prendre appui. La question de fond pour la gauche, c’est celle des outils de la négociation salariale. Car les syndicats sont trop divisés et trop faibles pour négocier des avancées dans le secteur privé. La refondation syndicale, voilà un sujet qu’a abordé Ségolène Royal avec imagination dans son programme de construction d’une démocratie sociale qui nous manque en France.

Pourquoi le PS s’est-il ainsi laissé enliser ?
Parce que la direction a été incapable de trancher les désaccords politiques. C’est un parti qui ne travaille plus et qui s’est laissé envahir par la médiocrité. Deux explications à cela : la paresse et le goût excessif de la querelle. Voilà le bilan de la direction sortante. Nous sommes contraints malheureusement de le constater.

Donc celui de François Hollande…
Pas uniquement. C’est une responsabilité collective de la direction du PS, pendant ces longues années difficiles qui nous séparent de la précédente défaite de 2002.

Comment expliquer alors qu’une partie de cette direction se soit retrouvée dans la campagne de Ségolène Royal, tels François Rebsamen et Julien Dray, et pourquoi avoir accepté, cette fois, de travailler avec eux ?
Ségolène Royal a réussi à préparer en un temps record une nouvelle offre politique du Parti socialiste. Pour cela, je veux ici lui rendre hommage. Elle a redonné le goût de la créativité politique. Il y a un acquis dans cette campagne qu’il ne faut pas laisser choir. Par ailleurs, elle s’est ouverte à des personnalités de toute la gauche. Je pense notamment à Jean-Pierre Chevènement, Christiane Taubira, Aurélie Filippetti et bien d’autres.

Pensez-vous que la rénovation passe par Jean-Pierre Chevènement ?
C’est l’un des fondateurs d’Épinay. Et il a eu le courage de ne pas accepter une forme de résignation que le Parti socialiste a un peu trop pris l’habitude d’accepter pour lui-même. Ségolène Royal a aussi mélangé les cultures et les trajectoires. C’est pour cela qu’elle a réussi son premier tour en rassemblant les forces de gauche. Reste à savoir si elle pouvait rassembler une majorité de Français.

Comment expliquez-vous sa défaite ?
Nous étions trop divisés et trop peu préparés pour gagner. Il y a eu un vrai problème de crédibilité. Qui pouvait croire que nous aurions pu gouverner facilement avec autant d’oppositions contre elle, et dans notre propre camp ?

La défaite est donc imputable à l’appareil du PS ?
Non, pas seulement. La candidate a aussi sa part de responsabilité. Elle n’a pas su rassembler… ou elle n’a pas pu…

*Comment expliquez-vous qu’elle n’ait pas pu rassembler autant ?
Je crois que le Parti n’était pas prêt à entendre un nouveau langage et à s’engager dans une rénovation profonde. Ce travail est arrivé trop tard et a été trop improvisé.

Vous me parlez encore du Parti mais pas de la candidate…
Elle n’a pas pu parce que c’était trop rapide, trop difficile devant un Parti socialiste qui s’est transformé en SFIO.

Elle a manqué d’expérience ?
Peut-être. L’Histoire le dira. Mais expliquer une défaite par la seule personnalité du candidat ne suffit jamais. En 2002, la direction du Parti expliquait la défaite par un accident de parcours sur la personnalité de Lionel Jospin. Une défaite, c’est une conjugaison de facteurs qui renvoie à un désaccord profond entre le pays et l’offre politique qui lui est faite.

C’est aussi l’avenir, si elle est candidate en 2012.
Ce n’est pas le principal problème du Parti aujourd’hui.

Quel est-il ?
Le PS est coupé de la société. Le système des contributions et des motions est obsolète. On s’empaille pendant six mois et on se réconcilie en une nuit autour de résolutions de congrès. Je préférerais que l’on mette six mois à rechercher nos convergences et quelques jours à faire arbitrer nos quelques désaccords. Le PS tel qu’il fonctionne est une machine à diviser plutôt qu’à rassembler.

Vous seriez d’accord avec la proposition de Vincent Peillon d’organiser de grandes assises de la gauche avant le prochain congrès ?
Vincent Peillon a raison de vouloir nous faire travailler sous le regard de l’extérieur car les socialistes passent trop de temps à se regarder eux-mêmes. Tout ce qui contribue à ouvrir les portes et les fenêtres est bon à prendre.

Que pensez-vous du calendrier mis en place par François Hollande ?
Je ne l’ai pas approuvé car trop lent, mais il s’impose désormais à nous tous. L’essentiel est le point d’arrivée. A cet égard, je voudrais que ce prochain congrès soit une sorte d’Épinay moderne.

Concrètement, comment faire pour ne pas répéter les mêmes erreurs ?
Se parler, dialoguer, se convaincre à partir des messages émis par les millions d’électeurs qui se sont adressés à nous pendant cette année de campagne et chercher à faire converger nos analyses et nos propositions politiques.

Vous êtes donc en train d’organiser quelque chose ?
Nous travaillons activement à redéfinir l’identité de la gauche – à quoi sert elle ? –, ses conceptions et son projet – que veut-elle faire ? – et ses méthodes d’action – comment va-t-elle le faire ? Nous travaillons également à nous rassembler les uns les autres… C’est la clé de nos possibles futures victoires.

On a l’impression que les jeunes générations reproduisent certains réflexes, notamment celui de la concurrence individuelle, entre Manuel Valls, Benoît Hamon et vous. Travaillez-vous ensemble ou êtes-vous concurrents ?
Il faudra de nouvelles équipes dirigeantes cohérentes et conjuguées. Mais la priorité de l’heure n’est pas encore à la constitution des équipes, c’est le travail sur le fond de fabrication d’une offre politique nouvelle qui prime toute autre considération.

La solution peut-elle passer par Ségolène Royal ou Dominique Strauss-Kahn ?
Ils font partie des hypothèses.

Manuel Valls propose que le PS change de structure et de nom. Etes vous d’accord ?
Avant de parler de la vitrine, parlons d’abord de ce que nous allons mettre en magasin. Et ne parlons même pas du vendeur ou de la vendeuse. Ce serait mettre la charrue devant les bœufs.

Il faudra pourtant faire avec…
On verra le moment venu.

On vous a connu beaucoup plus franc et direct. Vous voici devenu elliptique, dissimulant vos ambitions, votre travail. Que se passe-t-il ?
Il y a cinq ans, j’ai peut-être dit avec excès ce que je pensais. Le résultat n’a pas été à la hauteur de nos espérances. L’appareil nous a littéralement broyés, nous qui voulions précisément le transformer. Ce temps perdu a été du temps perdu pour tous, pour nous autres comme pour le Parti lui-même.

Vous changez de stratégie…
Je crois qu’il faut savoir tirer le meilleur parti de ses propres erreurs. C’est l’instruction par l’expérience... Il faut agir dans le respect des uns et des autres. Nous avons tous commis des erreurs. Il n’y a aucune raison pour que nous ne travaillions pas aussi sur nous-mêmes.
par Luc Chatel - Témoignage Chrétien publié dans : Parti Socialiste
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