"La droite a le sens du chef. Pas les socialistes..."
Ségolène Royal s'est confiée à Matthieu Croissandeau.
Opération reconquête
La foule se presse sur le trottoir. On parle on rit, on attend. Il est 22h30 devant la Casa del Popolo Vie Nuove, dans les faubourgs de
Florence. Ce 18 octobre, quelque 300 militants sont venus fêter la naissance du Parti démocrate, issu du rapprochement des démocrates chrétiens de la Marguerite et des démocrates de gauche. Ses
fondateurs ont convié une invitée de marque pour porter le nouveau mouvement sur les fonts baptismaux. Une portière claque, les flashes crépitent... Ségolène Royal fait son apparition. On croit
rêver. C'est comme si tout recommençait. Même sourire, même «Marseillaise» qui résonne dans la salle, même drapeau bleu-blancrouge sur l'estrade, même ovation chaleureuse sur les bancs... Le
temps aurait-il suspendu son vol dans le ciel de Toscane ?
Six mois après sa défaite à la présidentielle, Ségolène Royal est ailleurs mais debout. Depuis la rentrée, elle distille ses apparitions au compte-gouttes, préférant s'offrir de grands bols
d'air, hors des frontières étroites de son Poitou-Charentes et de l'ambiance mortifère de Solférino. Après le Québec et la République tchèque en septembre, l'Argentine et le Chili le week-end
dernier, elle s'envolera prochainement pour le Brésil, puis Harvard, avant Londres et peutêtre l'Inde. A chaque étape, elle fait salle comble. A chaque étape aussi, les mêmes effusions. Au
Québec, c'est un car de touristes espagnols qui lui est tombé dans les bras, raconte-t-elle. En Italie, ce sont des jeunes femmes qui se bousculaient pour être prises en photo avec elle. A
Paris, les mauvaises langues prétendent qu'elle est désormais plus populaire à l'étranger que dans l'Hexagone, oubliant au passage que, selon les derniers sondages, de nombreux électeurs de
gauche comptent encore sur elle.
Il y a un an presque jour pour jour, le pays tombait sous le charme de Ségolène. La candidate fraîchement désignée par un vote massif des militants écrasait tout sur son passage : les sondages,
ses rivaux du PS et même le futur président... Mais aujourd'hui que reste-t-il de la madone ? Son sourire ou son programme ? La ferveur des meetings ou les boulettes de la campagne ? La défaite
ou les 17 millions de Français qui lui ont apporté leurs suffrages ? L'espoir ou l'indifférence ? Après six mois d'omniprésence médiatique, l'ex-candidate a mis la sourdine, prenant le risque
de l'effacement. Les dernières tribunes qu'elle a livrées à la presse sur l'international ou l'économie, pourtant plus charpentées que certains de ses discours de campagne, n'ont guère
rencontré d'écho. Samedi dernier, c'est à peine si son absence a été remarquée à la Mutualité, où ses camarades socialistes tenaient un conseil national. Loin des yeux... «Elle prend de la
distance, pas du recul, prévient l'adjoint à la culture parisien Christophe Girard, qui a dîné avec elle à Buenos Aires. Elle observe tout.»
N'en déplaise à ses détracteurs, Ségolène Royal ne s'est pas retirée de la vie politique. Au lendemain de la défaite, son caractère trempé et son agenda chargé lui ont évité de sombrer dans la
dépression qui marque d'ordinaire les lendemains de déconvenues électorales. «J'ai d'abord tenu pour mon entourage. Je portais le deuil des autres», résumet-elle aujourd'hui joliment.
«Maman Royal» s'est d'abord occupé des siens, de ses enfants, notamment de son fils Thomas, qui s'était beaucoup investi dans la campagne, au risque de s'y brûler les ailes. Un instant
seulement elle a hésité à jeter l'éponge, quand ses camarades l'ont invitée à battre l'estrade au Zénith entre les deux tours des législatives. «Je me disais : s'ils sont si malins, qu'ils
se débrouillent sans moi, se souvient-elle. J'y suis allée en rampant...» Mais le naturel a vite repris le dessus. Question de survie pour l'ex-candidate : «Si j'avais marqué
la moindre hésitation à ce moment-là, aujourd'hui je serais morte.»
Déprimée non, mais désorientée sans aucun doute. Au PS, personne n'a oublié la «semaine sanglante», selon
l'expression de Pierre Mauroy, qui depuis a pris ses distances avec sa candidate favorite. En quelques jours, fin juin, Ségolène Royal annonce coup sur coup sa rupture avec François Hollande,
confirme ses ambitions pour le poste de premier secrétaire et la candidature en 2012, tout en expliquant qu'elle n'a pas cru à deux mesures phares de sa campagne, les 35 heures et le smic à 1
500 euros. Et puis ? Et puis rien, justement. Après avoir beaucoup parlé, Ségolène Royal a fini par taire ses ambitions. La femme pressée s'est résolue à accepter le calendrier dilatoire de la
rénovation que lui proposait son ex-compagnon. «Pour la première fois elle a joué à front renversé, analyse aujourd'hui un de ses soutiens, qui regrette amèrement qu'elle ait loupé le
coche. Elle a choisi de ne rien faire alors que sa principale force, aux yeux de tous, c'était précisément le mouvement.»
Faute d'avoir su ou pu forcer son destin pour prendre le PS, la cheftaine naturelle est aujourd'hui redevenue une prétendante parmi d'autres. Dans la grande tradition mitterrandienne, Ségolène
Royal assure vouloir donner «du temps au temps» et feint d'entretenir le suspense sur ses ambitions. Par prudence : «Personne ne peut dire ce qui va se passer dans un an, ça ne
sert à rien, les choses se méritent», explique-t-elle. Par égoïsme aussi : «J'ai passé ma vie à porter les autres. Aujourd'hui mes enfants ont grandi, je suis une femme libre, la
campagne est terminée. J'ai besoin de me reconstruire une épaisseur intérieure.»
Du temps, Ségolène Royal s'en accorde pour consulter, travailler, «densifier son discours», résume un proche. Comme elle le faisait quand elle était au ministère de la Famille entre
2000 et 2002, elle rencontre les experts qu'elle avait vus parfois en coup de vent pendant la campagne. Fini le temps où elle avalait cinquante notes par jour à tort et à travers. Royal a
ressorti son petit cahier, approfondi ses connaissances économiques avec Thomas Piketty ou Philippe Aghion, travaillé sur les questions internationales avec un groupe de jeunes diplomates,
multiplié les voyages à l'étranger.
Et puis il y a ce livre auquel elle met la dernière main, avec sa plus proche conseillère, Sophie Bouchet-Petersen. Sans doute l'exercice le plus dur qu'elle se soit imposé depuis sa défaite.
«Parce qu'il a fallu déconstruire ce qui s'était passé, le reformuler et donc le revivre, confie Ségolène Royal. Parce que dans ces caslà ce qui n'a pas marché vous saute aux yeux
comme sous une loupe grossissante.» Donner sa version des faits, renvoyer dans leurs cordes tous ses contradicteurs, qui «refont le match sans le moindre respect dû à la
combattante», écrire pour ses partisans et ses électeurs aussi, qui ont vécu cette histoire autant qu'elle... L'introspection prend du temps, au grand dam de son conseiller-éditeur
Bernard-Henri Lévy, qui s'arrache les cheveux de la voir parcourir le globe au lieu d'écrire. Mais qu'importe. Des ouvrages que prépare l'ex- (future ?) candidate, celui-là est le plus
important : il doit permettre de solder la folle aventure de 2007 tout en posant les fondations de la prochaine.
Car il y aura bien une prochaine. Ségolène Royal l'a redit à sa manière, inimitable, en inaugurant la semaine dernière avec quelques proches les locaux parisiens que lui loue généreusement
Pierre Berge : «Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera jamais...» Son objectif reste bien d'affirmer son leadership sur le PS pour prendre sa revanche en 2012. Reste à savoir
comment. C'est là que le bât blesse. Dans un PS qui a le nez sur les municipales et qui se vide de ses adhérents (voir encadré), Ségolène Royal n'est plus forcément un sujet
d'actualité. «Sa cote reste haute», veut croire Jean-Louis Bianco, son ancien directeur de campagne, qui concède toutefois «une interrogation chez certains cadres du parti, qui
aimeraient qu'elle structure ses amis». Assommés par la défaite, déboussolés par ses déclarations à l'emporte-pièce, ses partisans ont parfois le sentiment d'être abandonnés. «Il y a
une impression de surplace pour les troupes, confirme un de ses premiers soutiens, qui a tiré plusieurs fois, en vain, le signal d'alarme. Pour la constitution des listes aux
municipales, on se fait zigouiller de partout. Dans les fédérations tenues par des «antiRoyal», les militants ont payé double : non seulement leur championne a perdu, mais en plus ils n'ont pas
de réseaux ni de courants pour les défendre ou les protéger.»
Ségolène Royal, qui n'a jamais brillé par son sens de l'organisation collective, s'en tient à quelques réunions hebdomadaires auxquelles participent, entre autres, ses exdirecteurs de campagne
François Rebsamen et Jean-Louis Bianco, ses vieux copains JeanPierre Mignard et Michel Sapin, les députées Aurélie Filippetti et Delphine Batho, ou encore le député européen Vincent Peillon.
Mais pas question de s'organiser en courant. Par peur de se faire instrumentaliser ou de se banaliser. «Si je commettais cette faute tactique, je me mettrai au niveau des autres»,
assure t-elle, convaincue que sa candidature même malheureuse à la présidentielle lui confère un statut hors norme par rapport à ses rivaux.
Au-dessus du parti, mais pas à côté... La présidente de Poitou-Charentes, qui reste persuadée que sa victoire aurait été possible si elle avait bénéficié de l'unité de son camp, a retenu la
leçon. Comme le résume une de ses proches : «Nous avons bu le calice de la dysharmonie entre le PS et la candidate jusqu'à la lie. Plus jamais ça. Il faut un parti en ordre de marche, c'est
clair et indiscutable.» C'est aussi tout le problème. Car la rénovation ségoléniste est loin de faire l'unanimité. «La droite a le sens du chef, les socialistes ne l'ont pas,
constate Royal. Il va falloir qu'ils l'apprennent !» Pour y parvenir, elle souhaite d'abord transformer le PS en parti de masse, quitte à baisser encore s'il le faut le prix des
adhésions; favoriser l'émergence d'une majorité cohérente en supprimant la représentation proportionnelle dans les organes de direction; distinguer enfin les instances qui débattent des idées
de celles qui s'occupent de la désignation. L'ex-candidate est convaincue qu'elle ne gagnera pas si la partie se joue dans un PS claquemuré et replié sur luimême. Elle vient de relancer son
association Désirs d'Avenir ( voir encadré ) et plaide désormais pour que le prochain postulant socialiste à l'Elysée soit désigné par des primaires ouvertes aux sympathisants.
«Merci de nous avoir donné cette leçon de démocratie, je souhaite que le PS puisse suivre votre exemple», a-t-elle déclaré à ses amis démocrates italiens l'autre jour, lors de sa
visite à Florence.
Reste à convaincre ses camarades français et à déjouer les plans de ses rivaux... Bertrand Delanoë ? Elle l'observe. A y regarder de plus près, la présidente de Poitou Charentes ne voit pas
grand-chose qui le distingue d'elle sur le fond. Elle s'amuse en experte de la mayonnaise médiatique qui monte autour du maire de Paris. Elle sait trop bien comment ces histoires-là se
terminent, pour en avoir elle-même éprouvé le retour de bâton. François Hollande ? Elle n'en parle pas. Ses amis le font pour elle, qui rêvent d'une réconciliation politique au prochain
congrès, pour permettre à Ségolène Royal de voir revenir à elle les bataillons militants des grandes fédérations du parti. Les autres ? Ils n'existent pas ou presque. L'ex-candidate ne tarit
pas d'éloge sur Pierre Moscovici. Elle voit aussi Manuel Valls. Audelà de leurs compétences respectives, ces deux-là présentent l'immense qualité à ses yeux de s'être montrés «propres»
et «corrects» pendant la campagne. Ségolène Royal a beau tenter de tourner la page de la présidentielle, elle n'oublie rien, ni personne...
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Amigas, Amigos,
"Associer l'ensemble des citoyens à la prise de décision publique au travers de nouvelles formes de délibération collective, pour revivifier la
participation politique et lutter contre les populismes". C'est en ces termes que Ségolène Royal et Claudio Martini, Président de la Région Toscane, ont réaffirmé leur volonté
commune de promouvoir la démocratie participative, lors d'une conférence de presse à Florence le 17 octobre 2007.
Message à Désirs d'avenir
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