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Jeudi 8 juin 2006

''Le choc Ségolène'' par Jean Daniel,
cofondateur
et directeur
du Nouvel Observateur

L'INSOLITE ET SAVOUREUSE émergence de Mme Ségolène Royal sur la scène montre à quel point la politique intérieure nous ennuyait jusque là. Grandes causes, oui ! Mais conquête du pouvoir, très peu pour nous. Avions-nous tort ? Probablement. Après tout, pour ce qui est de la gauche, une formation politique qui peut offrir des Fabius, Hollande, Lang et Strauss-Kahn (sans oublier Jospin !) n’a pas à rougir. Mais c’est un fait que je m’ennuyais et que Ségolène réveille soudain la gauche de son assoupissement rituel.
Alors, Ségolène ? Eh bien, on ne pourra pas dire cette fois que ce sont les médias qui l’ont fabriquée. Ebaubis et ricaneurs, les commentateurs l’ont découverte dans les sondages. Et l’on n’a pas manqué de l’attendre au tournant. Avait-elle seulement la moindre idée ? Hélas, hélas, voici qu’il faut bien lui concéder qu’elle prétend restituer à la gauche de grandes orientations populaires. Elle ne s’est pas trompée comme Fabius. Elle n’a pas cru que les « nonistes » constitueraient un rassemblement ni un sursaut. Elle a bien réalisé que plus du tiers des partisans du non avaient voté à droite. Alors, elle s’est tranquillement adressée à eux.

Et cela avec deux sujets au moins, dont nous répétons inlassablement qu’ils devraient être au cœur des préoccupations de la gauche - à savoir la sécurité et l’immigration. Sur ces deux sujets, on a déjà d’ailleurs écrit ici que nous ne verrions aucune objection à ce qu’ils fussent déclarés d’intérêt national et qu’ils suscitent une politique bi-partisane. En dépit des passions électorales ou peut-être grâce à elles, voici que s’annoncent de sérieux débats.
Qu’est-ce qui fait écouter la voix d’un acteur politique lorsqu’il parle ? La réponse en est simple : lorsque l’on n’éprouve pas le besoin de se demander pourquoi l’orateur dit ce qu’il dit et quelle stratégie personnelle il sert. C’est très rare. Pour hausser un peu le niveau, lorsque De Gaulle parlait de la France, on savait qu’il ne pensait pas à M. Lecanuet, et quand Mendès France fixait des objectifs au pays, il ne venait à personne de se demander s’il voulait nuire à Guy Mollet. Raymond Barre ne pensait pas à Jacques Chirac et, en politique étrangère du moins, François Mitterrand, très souvent, ne pensait à personne.
Rapprochons-nous des temps présents. Lionel Jospin m’a inspiré le même sentiment.
Et aujourd’hui, le plus inattendu est que ce soit Ségolène Royal qui donne l’impression, lorsqu’elle dit quelque chose, de ne pas penser à ses rivaux ou à ses détracteurs. Cela ne suffit pas pour constituer un grand tempérament ni pour procurer une pensée solide. Mais seulement voilà, lorsque ces gens-là parlent, je les écoute.
Parlons de la trop fameuse « sécurité ». Pierre Mauroy, pour sa part, a toujours aimé citer le propos de Pierre Bérégovoy, alors militant syndicaliste, lorsqu’il adjurait que l’on n’oublie pas que les premières victimes de l’insécurité, c’est dans les milieux et les quartiers populaires qu’on les trouve. L’idéal de l’ordre humaniste a été et demeure sans aucun doute l’honneur de la gauche. Mais on voit que, de plus en plus, le laxisme sécuritaire fait le jeu de l’extrême droite populiste. C’est compromettre gravement et pour longtemps un idéal que de mal le servir. J’ai toujours pensé qu’il fallait qu’il y eût un équilibre vigilant entre Robert Badinter et Jean-Pierre Chevènement pour ne parler que du personnel politique de la gauche.
Ayons l’audace de prendre l’exemple de la suppression de la peine de mort, une mesure dont nous sommes légitimement si fiers. Sachons qu’elle sera toujours menacée par l’importance croissante de l’insécurité. D’autant que si nous tardions trop à mettre fin à l’insupportable scandale national que constitue l’état de nos prisons, il faudrait redouter le moment où nous finirions par nous interroger sur l’opportunité d’envoyer y mourir ceux à qui nous avons permis de survivre.
Lorsque Ségolène Royal parle de fermeté, elle ne peut, dit-on, qu’entrer en compétition avec Nicolas Sarkozy. La question est d’autant plus indifférente que Mme Royal paraît aller plutôt dans le bon sens. Sans doute lui arrive-t-il de préconiser des mesures approximatives ou imprudentes dès lors qu’elle évoque un encadrement militaire des jeunes délinquants l’éducation ou une mise sous tutelle des allocations. Par ailleurs, elle ne se prononce pas encore de manière précise sur le projet de conscription civile obligatoire d’au moins six mois – ce que nous recommandons ici depuis des lustres.
Enfin, je l’attends à un autre tournant, lorsqu’il s’agira d’expliquer (si tant est qu’elle souhaite le faire) que la fraternité prolétarienne, comme la charité chrétienne, conduisent à se soucier du sort que l’on peut réserver à ceux que l’on accueille au moins autant qu’à manifester de la compassion envers les clandestins. Il était déshonorant de laisser mourir les sans-papiers qui faisaient, dans nos églises, la grève de la faim. Mais il n’est pas plus honorable de les retrouver dans des immeubles insalubres, finalement contraints à la délinquance ou à la maladie. J.D.

NOUVELOBS.COM | 08.06.06 | 10:03
  jdaniel@nouvelobs.com

par Jean Daniel - NOUVELOBS.COM publié dans : Opinions publiques
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Lundi 15 mai 2006

«La soutenir parce que c'est une femme, c'est de la démagogie»

«Libération» a voulu savoir comment des Françaises issues de milieux très différents perçoivent la candidate à la candidature socialiste, étoile montante des sondages pour la présidentielle de 2007.


Habiter les Grésilles, à Dijon, c'est porter l'étoile de la pauvreté. Une ancienne quatre voies balafre le quartier, isolant un peu plus ceux que l'infortune a fixés du mauvais côté, au lieudit Grésilles extension. Les femmes, ici, sont arrimées à leur foyer à vie, faute de travail, faute d'intégration, faute de refuge, avec pour seul horizon les barres HLM alentours.

La Parenthèque est installée là, au rez-de-chaussée d'un bâtiment vétuste de l'Opac, au milieu des habitations, loin des commerces et des centres de loisirs. Sa présidente, Josette, épaule au quotidien les résidentes, des Françaises d'origine maghrébine pour la plupart. Libération veut savoir comment les femmes, ici comme dans quatre autres lieux très différents, perçoivent Ségolène Royal, une femme, mère de famille et étoile montante des sondages pour la prochaine élection présidentielle. Josette, donc, sexagénaire, mère de quatorze enfants, raconte : «Les femmes des milieux populaires ont du mal à accepter l'idée d'une femme président de la République. C'est notamment vrai pour les familles monoparentales, comme si le fait d'être gouverné par un homme les rassurait. L'émancipation n'est pas faite.» Elle, qui est aussi responsable départementale de la Confédération syndicale des familles, rapporte que «les femmes du quartier ne comprennent pas que je m'absente le vendredi pour assister à des réunions à Paris. Si je leur disais que c'est pour garder mes enfants, ça ne poserait pas de problème...» Samia, surveillante de lycée en congé maternité, confirme l'analyse : «Les gens des Grésilles ont une vision traditionnelle : l'homme incarne le pouvoir, il rassure, il sait et il arrange. L'image de la femme reste une image d'impuissance. Les gens ne sont pas informés, ils vivent en cercle fermé, dans leur monde à eux. Il faut un certain niveau culturel pour s'émanciper.»

«Le problème : son côté bourgeoise»

Autre décor, mais toujours la même réticence. A Neuilly-sur-Seine, fief huppé de Nicolas Sarkozy, même les associations sont bien logées. La façade cossue de leur «maison», sise 2 bis, rue du Château, tranche avec la raison sociale de ses locataires : Alcooliques anonymes, Secours catholique, médiatrice familiale, SOS troisième âge... Ici, personne ne croit aux chances de Ségolène Royal. Mais plus on s'élève dans les étages, moins sa candidature sonne creux. Au 3e ­ aide au troisième âge ­, l'hostilité est immédiate : «Quand on a trois enfants avec trois hommes différents, on ne donne pas de leçon sur la famille !», s'énerve une sexagénaire. Ségolène Royal a quatre enfants, du même. A peine si la dame relève la correction : «Qu'elle ne soit pas mariée me choque énormément : quand on n'est pas capable de s'engager dans son couple, comment peut on prétendre à la fonction suprême ?» Au 4e ­ conseil juridique aux familles ­, une permanente salue le courage de la candidate socialiste, comme César devant le gladiateur sacrifié : «On a eu des femmes extraordinaires comme Françoise Giroud(1), ou Monique Pelletier(2). Chaque fois, leurs collègues masculins leur ont collé des peaux de bananes sous les pieds.» Béatrice, bourgeoise dynamique de 57 ans, sait d'expérience ce qu'il en coûte d'être une femme engagée dans la vie publique. «J'ai vu les hommes à l'oeuvre dans un tas de réunions à Puteaux, Courbevoie, Clichy : ils président sans rien connaître du sujet débattu, uniquement pour signer à la fin. Ils font semblant de vous écouter, puis écartent votre proposition d'un lapidaire "ça peut se défendre mais..." qui vous renvoie à vos casseroles.» Au 5e, étage de la médiation familiale, la compétence de Ségolène Royal ne fait aucun doute. Laurence, aristocrate de 42 ans, mère de trois enfants, dit «sa sincère admiration» pour son action à la Famille. De la candidate socialiste, elle dresse un panégyrique : «Ségolène Royal est intelligente, diplômée, capable de tenir tête avec élégance à ses contradicteurs masculins. Arlette Laguiller me fait rire, Ségolène Royal m'intéresse, même si je n'appartiens pas à sa famille politique.» Puis la même assène sa conviction intime : la candidate socialiste ne passera pas même le barrage de l'investiture. «Le problème c'est que son côté bourgeoise ne colle pas à l'image de rassemblement populaire que le PS veut donner de lui-même. Je la verrais bien ministre, même Premier ministre. Président de la République, je ne sais pas.»

A Barbusse, un établissement des Hauts-de-Seine classé en zone d'éducation prioritaire(ZEP), la candidate socialiste inspire plutôt de la méfiance. Dans ce collège de Bagneux, les élèves sont «pour les trois quarts issus de milieux défavorisés» et beaucoup de professeurs se revendiquent «de gauche». A Marianne (histoire géographie), Françoise (technologie) et Malika (lettres), il tarde de se débarrasser d'une droite qui a «démoli le système d'éducation prioritaire». Toutes trois se disent «d'accord» pour qu'une femme défende leur conviction, pour peu que «ce soit une femme qui se mouille». L'une d'elles soupire : «C'est vrai, on a fait le tour de ce que les hommes étaient capables de faire.» Pourtant la brusque percée de Ségolène Royal dans les sondages les a surprises, au point qu'elles suspectent une «construction médiatique». Spontanément, elles évoquent les photos de la candidate à la clinique avec son nouveau-né, publiées par Paris-Match il y a... treize ans. Marianne, agacée : «Si elle cherche à jouer sur l'identification, c'est raté. Il n'y a rien de commun entre ses moyens financiers à elle et ceux des mères de nos élèves, seules, précarisées ou carrément sans emploi !»

Pas de «sexisme à l'envers»

Au siège parisien des Ni putes ni soumises (NPNS) comme sur le site universitaire de Tolbiac, la candidature d'une femme à l'investiture d'un des deux grands partis de gouvernement n'est pas même perçue comme un fait politique majeur. Question de génération. Laure, 19 ans, en première année de droit, explique : «Au niveau des jeunes, la parité, on l'a.» Cette membre active de la coordination étudiante croisée à la cafétéria poursuit : «Les garçons nous respectent, ils ne nous prennent plus pour des cruches. D'accord, ils ont encore un peu tendance à nous couper la parole. Mais c'est au niveau des vieux qu'il y a beaucoup de travail.» La relève féministe des NPNS refuse elle aussi le «sexisme à l'envers». Linda, la trentaine, résume : «Soutenir Ségolène Royal parce que c'est une femme, c'est de la démagogie. J'attends de connaître son programme, de savoir si elle peut me convaincre.» Anne-Charlotte, un look d'étudiante délurée, enchaîne : «Ça m'emmerde qu'en 2006, ce ne soit pas naturel d'avoir une femme candidate. Ce n'est pas parce que c'est une femme qu'elle apporte la modernité.» Les plus âgées ripostent. «Vous avez raison d'attendre pour vous décider que les candidats présentent un programme qu'ils n'appliqueront pas ensuite, attaque Liliane, trente ans d'enseignement à son actif. Il est totalement injuste de prétendre que Ségolène Royal n'a pas d'idées. Il suffit d'aller voir sur son site de Poitou-Charentes.» Abder, réfugié politique algérien, s'étonne à son tour : «Les femmes sont presque plus machistes que les hommes : vous n'avez jamais demandé aux autres candidats ce que vous exigez de Ségolène Royal.»

Aux Grésilles, la dépendance financière et culturelle des résidentes attise pourtant d'autres révoltes. Claire, 34 ans, dont la maîtrise de psycho a débouché sur un emploi-jeune à la Parenthèque, s'enflamme : «Ségolène Royal est la candidate de l'espoir. Chaque jour, je mesure à quel point la parité, l'égalité professionnelle, le partage des tâches sont des voeux pieux. Ici, certaines mères n'ont pas de machines à laver. Non que la famille n'en a pas les moyens mais parce que leur mari ne veut pas qu'elles aient du temps à consacrer à autre chose que l'entretien du foyer. Ségolène Royal prouve aux femmes qu'elles valent mieux. On peut commencer à rêver.» Dans ce quartier populaire, on est prêt, malgré tout, à parier sur le renouvellement que peut incarner la députée des Deux-Sèvres. Josette, la présidente de la Parenthèque, explique : «Ségolène Royal peut transcender la politique en joignant le social et l'éducation. Elle a prouvé son intérêt et sa compétence sur les problèmes qui nous préoccupent aujourd'hui : le chômage, l'avenir des jeunes, les ratés du système éducatif, la parentalité...» Ségolène Royal, poursuit-elle, est une «pragmatique», ce qui peut faire la différence : «Je l'ai vue faire quand elle était secrétaire d'Etat à la Famille. Elle a une grande capacité d'écoute. C'est après avoir discuté avec elle des missions des parents que nous avons monté nos groupes de parentalité. Elle nous a écoutés aussi quand on a cherché à faciliter l'accès à la cantine scolaire des enfants issus de foyers pauvres.» Stéphane Rozès, directeur d'études à l'Institut CSA confirme : «De manière générale, Ségolène Royal séduit un peu moins les femmes que les hommes. Mais elles lui reconnaissent toutefois une particularité : alors que les hommes partent d'une idée et l'imposent au terrain, les femmes décortiquent le concret, font émerger des solutions puis les portent au niveau politique. L'échec des schémas imposés d'en haut explique sans doute pour partie l'émergence de Ségolène Royal.»

Pour en savoir plus, certaines ont surfé sur Internet. Avec des fortunes diverses. Le concept d'«expertise citoyenne» en séduit bon nombre. La perspective d'avoir une relation directe avec la candidate aussi. D'autres sont plus réservées. Françoise, la professeure de Bagneux, a été déçue : «Je n'ai trouvé que des opinions d'internautes. Je me fiche des avis signés avec des pseudos.» Une autre avertit : «On ne touche pas tout le monde par ce biais-là, pas les plus défavorisés en tout cas. Son site, ce peut être un moyen de dialogue, mais c'est très insuffisant.»

Intérêt ou scepticisme, quoi qu'il en soit, toutes les déclarations de la candidate à la candidature sont passées au scanner. «Ségolène Royal dit s'inspirer du blairisme, note une enseignante de Bagneux. Quand on connaît la politique de Tony Blair vis-à-vis de l'école, il y a lieu de s'inquiéter.» Chez les NPNS, on prévient : «Il n'y aura pas de mobilisation à gauche sans un discours qui surprend, qui redonne de l'espoir. Si elle reste dans le politiquement correct, on ne suivra pas.» Aux Grésilles, on reste dans l'expectative. Samia, qui admet avoir découvert il y a peu l'existence de Ségolène Royal, confie : «J'attends encore de savoir à quelle femme j'ai affaire. Ce qui est sûr, c'est que j'attendrai beaucoup plus d'une présidente de la République que d'un président.»

(1) Secrétaire d'Etat à la Condition féminine de 1974 à 1976, dans le gouvernement de Jacques Chirac au début du septennat de Valéry Giscard d'Estaing.

(2) Ministre déléguée chargée de la Famille et de la Condition féminine dans le gouvernement de Raymond Barre de 1978 à 1981, sous le septennat VGE.


par Nathalie RAULIN

QUOTIDIEN : lundi 15 mai 2006


par Libération.fr publié dans : Opinions publiques
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Jeudi 27 avril 2006

PARIS (AFP) - Totalement "en phase" avec l'électorat pour les uns, fabrication médiatique sans consistance pour d'autres, Ségolène Royal conforte jour après jour une popularité en grande partie bâtie sur sa différence avec les "éléphants" du Parti socialiste.

C'était en mars 2004 à Niort (Deux Sèvres), pendant la campagne pour les élections régionales, se souvient une élue socialiste.

Ségolène Royal venait de rencontrer des habitants du Clou Bouchet, un quartier défavorisé, et soudain, elle a eu froid aux pieds. "Elle est entrée chez Carrefour et a acheté des chaussures montantes, sous le regard ébahi des vendeuses. Voilà, tout Ségolène est là, naturel et simplicité", conclut l'élue qui ajoute: "Et c'était pas pour faire bien, car les chaussures de Carrefour, elle les a remises depuis !"

"A l'évidence, elle suscite un espoir et elle est en phase avec l'attente de nos électeurs", note Jean-Jack Queyranne, président PS de la région Rhône-Alpes, tentant d'expliquer les raisons qui maintiennent la députée des Deux-Sèvres en tête des sondages.

Ségolène Royal "conjugue la modernité avec une fibre très classique (...) Elle utilise à la fois les technologies de pointe, notamment son site internet très interactif, et une présence forte sur le terrain", analyse-t-il.

L'intéressée approuve: "je suis farouchement accrochée au territoire", déclare-t-elle à l'AFP.

Certes la présidente du Poitou-Charentes n'est pas la seule à faire du terrain, "mais elle le fait bien", s'enthousisame encore l'élue niortaise.

"Je l'ai vu se mêler au déjeuner d'une section socialiste dans une ferme, à la Mothe-Saint-Héray. Elle arrive, s'installe, mange peu, va de table en table. C'est un don".

"Populisme" gronde l'un de ses rivaux qui, comme d'autres, demande à vérifier "la compétence" de la presque candidate, et pour commencer de prendre connaissance de son programme politique.

"Je fais confiance à mon intuition", assure Ségolène Royal. C'est là une de ses différences avec les autres socialistes prétendants à l'Elysée: elle refuse de livrer son image à une entreprise de communication, préférant y travailler elle-même.

"Les consultants, je n'en veux pas, car ils se trompent", explique-t-elle, même si elle reconnaît faire appel, "mais à titre bénévole", à une spécialiste en la matière, Nathalie Rastoin.

"Les gens de ma région me parlent franchement, ce sont eux, mes conseillers en communication, mes antennes", dit-elle.

Et à l'inverse de presque tous les "éléphants" du PS, elle vient seule aux déjeuners en ville. Avec elle, pas d'attachée de presse ou de "bras droit" installé dans le rôle variable du faire valoir, du souffleur ou de la secrétaire.

Mais, assure-t-elle, ce qui la différencie le plus des ténors de la gauche, c'est la règle qu'elle s'est fixée d'éviter la cuisine électorale.

Qu'un président de région se rallie pour 2007 comme vient de le faire Jean-Jack Queyranne, tant mieux, "mais, jure-t-elle, je ne vais pas me mettre à négocier des soutiens".

"Je m'interdis d'entrer dans une logique de négociations. Ce serait négatif, car les gens, les électeurs, ne le comprendraient pas".

"Je suis trans-courants", dit encore celle dont le compagnon, François Hollande, déploie beaucoup d'efforts pour dépasser les querelles internes du parti.

"Un jour, il faudra bien sortir de la ouate, et débattre du fond", prévient pour sa part un des éléphants, depuis de longs mois distancé dans les sondages.

Et il rappelle une des autres grandes différences de Mme Royal: son refus d'entrer franchement dans la bataille et le débat, en se cantonnant dans les sujets de proximité.

par AFP publié dans : Opinions publiques
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Jeudi 20 avril 2006

Par Jean-Michel Aphatie. Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.

Le titre est interminable: baromètre présidentiel TNS-Sofres-Unilog pour le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Ouf! Derrière cet intitulé, un sondage, le premier d'une série qui sera longue, mais un sondage passionnant, commenté, ce matin sur RTL, à 7h50, par Patrick Devedjian, député UMP des Hauts-de-Seine, conseiller politique de Nicolas Sarkozy.

Un sondage, encore. C'est reparti comme en 14, ou plutôt comme en 2002. Je suis comme tout le monde, je n'aime pas les sondages. Ils me gonflent. Figer la réalité dans des chiffres d'airain, s'abriter derrière eux pour faire du commentaire, c'est à la fois pauvre, artificiel et benêt. De la fausse intelligence, de la vraie bêtise, du pontifiant, pas du vivant. Un truc qui tue le journalisme et qui engraisse les sondeurs.

Soyons plus précis. Ce n'est pas le sondage qui est le problème, c'est l'utilisation qu'on en fait. Un sondage ne doit jamais être présenté comme une prédiction, comme une vérité. Ce ne sont pas les chiffres qui sont importants, du moins pas les chiffres tels qu'on nous les donne. Non, ce qui est intéressant, ce sont les tendances, ce que les réponses, amassées puis agrégées, nous disent de nous-mêmes. Ce qui est important, c'est la capacité interprétative qu'il peut susciter, laquelle bien sûr se nourrit de la subjectivité de l'interprète, ce qui oblige donc à la prudence. Le sondage, c'est le contraire de la science. C'est donc très rigolo.

Ce baromètre présidentiel pour le Grand Jury comporte sa part de leçons sur lesquelles il faut réfléchir. Question de la Sofres aux milles sondés contactés mardi dernier, 18 avril: "Quels thèmes compteront pour vous lors du vote?" En tête, le chômage (72%), suivi du financement du système de santé (63%), puis l'éducation, les retraites, le pouvoir d'achat. La sécurité, elle, ne vient qu'en sixième position. Quant au CPE, sur 16 propositions, il arrive quinzième dans l'ordre des motivations.

Que déduire de tout cela? D'abord que, sauf évolution, ce sont les thèmes sociaux, des thèmes avec lesquels la gauche se sent plus à l'aise, qui paraissent aujourd'hui prioritaires dans l'esprit des Français. Les questions essentielles tournent autour du système social: peut-il être préservé? Doit-il évoluer? Comment? Voilà l'attente aujourd'hui prioritaire.

Ces thèmes, réputés de gauche, avantagent-ils la gauche? Non, à lire le sondage. Hormis le cas où le nom de Ségolène Royal est soumis aux sondés, lorsque Lionel Jospin, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius sont traités, toute la gauche, extrême compris, plafonne à 40% des intentions de vote.

Ce constat signifie que la radicalisation des appareils de ce camp-là, encouragés dans cette pente par la contestation du CPE, éloigne, davantage qu'elle ne les rapproche, les dirigeants de la gauche de la population. Pour dire les choses autrement, l'aggiornamiento idéologique, la rupture avec un résidu de marxisme, que refusent, congrès après congrès, défaite après défaite, de faire les dirigeants socialistes notamment, cette évolution-là, l'opinion publique la réclame et l'attend. Et c'est bien parce que confusément Ségolène Royal incarne cette possibilité, c'est bien parce que les Français ne la repèrent pas comme une idéologue parmi d'autres dans cette famille politique, qu'elle connaît ce succès dans les enquêtes d'opinion. Ancienne ministre, parlementaire depuis vingt ans, les électeurs l'ont repérée pour ces combats ancrés dans la vie quotidienne, la violence à la télévision, la défense de la famille, une certaine morale des comportements. Ils semblent donc attendre d'elle qu'elle ait le même pragmatisme, la même simplicité dans les affaires économiques et dans l'approche des problèmes sociaux.

Dans ce baromètre, Ségolène Royal recueille 34% des intentions de votre, contre 23% à Lionel Jospin, 22 à Jack Lang, 18% à Dominique Strauss-Kahn, 15% à Laurent Fabius. Ces chiffres montrent bien le contournement que subit aujourd'hui le Parti socialiste, la pression qui s'exerce sur lui pour changer. Les sondés, c'est sûr, les Français peut-être, se servent de l'hypothèse Ségolène Royal pour faire passer ce message. Les dirigeants socialistes, les militants de ce parti, l'entendront-ils? Le refuseront-ils? Ecouter les électeurs? Leur résister? Passionnante problématique.

Face à la gauche, la droite paraît avoir moins de problèmes. Une fois digérés les miasmes du moment, Nicolas Sarkozy paraît dominant dans le camp qui aujourd'hui domine. Le fait que le thème de la sécurité ait ainsi reculé dans les priorités des Français semble montrer que les Français le créditent d'une action positive sur ce terrain. La perception est toute subjective, et donc fragile, parce que la crise des banlieues, l'augmentation des violences faites aux personnes montrent que rien n'est résolu sur ce terrain. Mais la perception est là, aujourd'hui.

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy continue de proposer aux Français de changer, de s'adapter, sur le terrain économique et social. Il est donc en phase avec les attentes d'une opinion désormais largement acquise à cette idée. Mais quels changements? Comment?

Le terrain d'affrontement est là, un vrai terrain, sur lequel peut se dérouler une vraie belle campagne électorale dont personne, aujourd'hui, ne connaît ni l'identité des protagonistes, ni le déroulement, ni l'issue.

La preuve définitive de l'utilité des sondages.

par Jean-Michel Aphatie - Agoravox publié dans : Opinions publiques
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Lundi 3 avril 2006

Parce que l'économie est traditionnellement une "chasse gardée" du genre masculin, ce récent sondage paru dans L'Expansion est significatif de la confiance que les français sont prêts à accorder à Ségolène Royal.

53% des Français font confiance à Ségolène Royal pour "moderniser et relancer l'économie française" devant Nicolas Sarkozy et Jack Lang, selon ce sondage.

Le sondage CSA publié par le magazine L'Expansion révèle que 53% des Français font confiance à Ségolène Royal pour "moderniser et relancer l'économie française". Elle précède Nicolas Sarkozy et Jack Lang.
La député socialiste des Deux-Sèvres est par ailleurs la seule à obtenir un solde de confiance positif, avec 39% des personnes interrogées déclarant qu'ils ne lui font pas confiance.
Nicolas Sarkozy est, quant à lui gratifié, de 45% des Français qui lui accordent leur confiance dans ce domaine contre 50% qui ne lui font pas confiance.
Ils sont 40% à faire confiance à Jack Lang (53% sont d'avis contraire), 36% à Lionel Jospin (contre 57%), 35% à Dominique de Villepin (contre 57%), 32% à Dominique Strauss-Kahn (contre 54%), 28% à François Hollande (contre 62%), 28% également à François Bayrou (contre 61%), 24% à Jacques Chirac (contre 71%) et 23% à Laurent Fabius (69%).

Ségolène, première à gauche
Ségolène Royal recueille également le meilleur indice de confiance, toujours pour moderniser et relancer l'économie, chez les électeurs de gauche (77%), précédant largement Lionel Jospin (59%) et Jack Lang (56%). Elle est aussi la mieux placée des candidats de gauche chez les électeurs de droite avec 35%.
Nicolas Sarkozy est la personnalité politique en tête chez les électeurs de droite (84%), devant Dominique de Villepin (63%) et, à égalité, François Bayrou et Jacques Chirac (38%). Toutefois, il est a noter qu'il est devancé par François Bayrou (30%) chez les électeurs de gauche (25%).

Le chômage, chantier principal
Enfin, la présidente du Conseil régional Poitou-Charentes arrive également en tête chez les moins de 30 ans (53%) devant Jack Lang (49%) et Lionel Jospin (46%). Le ministre de l'Intérieur obtient, pour sa part, la première position chez les plus de 50 ans (53% également), devant... Ségolène Royal (50%) et Dominique de Villepin (40%).
Parmi les chantiers auxquels "devra s'attaquer en priorité" le futur président de la République, les Français désignent d'abord la réduction du chômage (65%), suivi par l'augmentation du pouvoir d'achat (28%) et la réduction des inégalités sociales (28%).

Ce sondage a été réalisé par téléphone le 8 mars auprès d'un échantillon de 1.002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

par Nouvel Obs publié dans : Opinions publiques
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